"C'est facile à dire" par Yasmine Bassalah

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C’est « facile à dire » est la phrase la plus utilisée par les personnes que je croise, qui me contactent, que je rencontre « par hasard » et avec qui j’échange sur la vie. Cette phrase revient tellement souvent qu’elle me donne l’envie d’écrire. Elle me donne l’envie de partager avec vous. J’ai envie de vous dire que non ce n’est pas » facile à dire », c’est tout simplement parce que je suis, moi aussi, passée par tout ce dont je parle, ou j’écris. La vie ne m’a pas fait de cadeaux mais j’ai choisi de me tirer vers le haut. J’ai choisi de traverser les épreuves qui font ce que je suis aujourd’hui.

Récit de vie

J’ai grandi dans une famille bi-religieuse, un noyau ou s’est mélangé la culture catholique et musulmane, ce qui fait de moi quelqu’un de la voie du milieu, de la voie du cœur. Je n’ai plus de religion. J’ai eu deux parents qui ont tous deux fais le choix de sortir de leur religion pour prendre la voie du cœur. Le fait d’avoir eu deux cultures m’a souvent positionnée comme une traîtresse envers l’autre culture. Petite fille déjà dans mon village d’enfance, ma sœur et moi étions traitées de « filles de Sadam Hussein » et dans le pays de mon père, de « fille de Mitterrand ». Imaginez à 10 ans ce que cela peut déclencher de ne pas être acceptée dans aucun de ses deux pays. Notre mère était une femme d’avant garde et commençait déjà à nous imprégner du développement personnel pour faire face à ce genre de situation. Nous (ma sœur et moi) avons appris très jeune à devoir accepter ce que la vie mettait sur notre chemin. Donc non, ce n’est pas « facile à dire ».

Adolescente, mon père était un homme plus que protecteur, car chez « les arabes » les filles ne sortent pas comme peuvent le faire les jeunes filles européennes. Vous imaginez bien comme il nous a fallu être futée et malignes pour pouvoir arriver à nos fins et tenter d’avoir une vie comme les autres adolescents. Quand je rentrais de l’école, je devais dérouler le tapis et prier avec lui. Ce n’est que vers l’âge de 17 ans où la maladie de maman m’a « sauvée » de la prière sur le tapis. Je priais dans mon cœur mais le tapis, ça ne me parlait pas. Du coup, être confronté si jeune au cancer de sa maman, non, ce n’est pas « facile à dire ».

Jeune adulte, en plein dans mes études de « pilote de ligne », c’est le deuil qui entre dans ma vie. Faire face au désarroi familiale et devoir gérer, annoncer, porter un papa épuisé, une petite sœur anéantie et un noyau familiale dont le pilier vient de disparaître, non, ce n’est pas « facile à dire ».

S’en suivent, le départ à l’étranger pendant 20 ans de ma petite  sœur pour survivre au décès de maman, la mort quasi mental de mon papa, la dépression qui surgit sans crier gare, mon rêve de pilote anéanti, y’a plus qu’à faire avec, donc non, ce n’est pas « facile à dire ».

Adultes, deux enfants, 10 ans de vie commune et une séparation catastrophique en 2012. Rejetée, humiliée, insultée, menacée, c’est le burnout familial qui débarque. Dormir dans ma voiture dans les bois est mon seul refuge pour tenter de retrouver de l’air, seule face à moi-même. Traverser reste la seule possibilité surtout après le décès de mon père, donc non, ce n’est pas « facile à dire ».

Et puis il y a eu l’Inde, 4 mois thérapeutiques en 2014, ou contre toutes les insultes et menaces de perdre la garde de mes enfants, je me suis construite, j’ai fais table rase du passé, j’ai nettoyé les faux amis, reconstruit Yasmine, en marchant, méditant, en pleurant aussi tout cette vie pour devenir ce que je suis aujourd’hui. Donc oui, parfois, c’est » facile à dire » car je l’ai vécu. Chacun d’entre nous peut traverser ses enfers, traverser son désert pour découvrir l’oasis à l’autre bout. Nous en sommes tous capable.

Pour couronner le tout, en 2016, c’est moi qui rencontre la maladie, le Lyme entre dans ma vie. Je suis indépendante, mon coaching et mes séminaires prennent leurs envols et PAF, je suis mise à terre. 5 ans de combat, de traitement, de gélules par dizaine à prendre par jours pour espérer un jour sortir de ce tunnel. Donc non, ce n’est pas « facile à dire », mais pour que ça le devienne, c’est un effort de chaque jour.

Je n’ai aucun regret ou peu car c’est ce parcours de vie qui fait ce que je suis là maintenant. Je souris d’écrire car j’ai découvert une belle force en moi que je veux partager. Je suis à la maison à l’intérieur de moi-même et peut donc être chez moi partout dans le monde.

Conclusion

Battez-vous pour ne jamais abandonner, soyez attentif aux signes de la vie et aux synchronicités car « Tout est là et ne demande qu’à s’éveiller ».

Merci à tous ceux qui m’ont accompagné dans toutes ces épreuves de vie car ça c’est « facile à dire ».

Avec tout mon amour,

Yasmine